Il fallait oser. Et le Gabon l’a fait. Signer un accord. Le faire homologuer. Puis revenir devant le juge pour demander… qu’il ne soit pas exécuté. Même dans les manuels les plus audacieux de stratégie judiciaire, ce chapitre n’existe pas. Ici, on est au-delà de l’improvisation : on frôle la fiction administrative. Le 31 mars 2026, la Cour d’appel de Paris a donc remis les pendules à l’heure. Sans détour. Sans élégance inutile. L’État gabonais est débouté. Mieux ou pire il est sanctionné pour procédure abusive. Traduction : non seulement vous perdez, mais vous abusez.
Une autodestruction méthodique, pièce par pièce
Reprenons calmement ce chef-d’œuvre. Un État commande des travaux publics. Une entreprise exécute. La dette s’accumule. Et au lieu de payer, on entre dans une longue danse judiciaire. Jusque-là, rien d’exotique. Mais là où le Gabon innove, c’est dans l’acharnement à perdre avec constance. En 2017, la Cour des comptes du Gabon reconnaît elle-même une dette d’au moins 81 milliards de FCFA. En 2019, la Chambre de commerce internationale confirme la créance.
En 2022, le Gabon perd en appel. En 2024, acculé, il signe un accord transactionnel. En 2025, cet accord est homologué par le Tribunal judiciaire de Paris. Et en 2026 ? Il tente de bloquer… ce qu’il a lui-même validé. Il ne s’agit plus d’une stratégie. C’est une boucle administrative autodestructrice.
Santullo : le fantôme qui refuse de disparaître
En face, un nom que certains avaient déjà rangé au cimetière des créanciers oubliés le Groupement Santullo Sericom Gabon. Erreur. Santullo n’a pas disparu. Santullo a attendu. Et pendant que l’État multipliait les recours, les délais, les contorsions juridiques, le dossier, lui, se renforçait. Décision après décision. Reconnaissance après reconnaissance. Résultat : ce que le Gabon pensait avoir enterré revient aujourd’hui comme un dossier juridiquement indestructible. Une sorte de mort-vivant procédural. Sauf qu’ici, ce n’est pas de la fiction. C’est exécutoire.
Quand l’État plaide contre lui-même. Le moment le plus saisissant reste celui-ci, un État qui explique à un juge que les conséquences d’un accord qu’il a signé… sont inacceptables. La présidente Marie-Hélène Masseron a répondu avec une sobriété chirurgicale tout était connu, accepté, signé. En clair, vous saviez. Vous avez signé. Vous exécutez. Le reste ? Une perte de temps judiciaire. D’où la qualification : abus de procédure.
Un signal désastreux pour les investisseurs
Derrière cette affaire, il y a une réalité plus inquiétante encore. Ce n’est pas Santullo qui fait peur aux investisseurs. C’est le comportement de l’État. Car enfin, que voit un partenaire étranger dans ce dossier ? Une dette reconnue… mais contestée. Une décision arbitrale… ignorée. Un accord signé… renié. Autrement dit une signature qui ne vaut plus garantie. Et dans les marchés internationaux, c’est un suicide lent.
Le scandale n’est pas la dette, mais son déni. Qu’on le dise clairement : devoir 81 milliards de FCFA n’est pas, en soi, un scandale. Les États contractent. Les États doivent. Les États négocient. Le scandale, ici, c’est autre chose. C’est de refuser systématiquement d’assumer ce que l’on reconnaît soi-même. C’est transformer un litige classique en feuilleton judiciaire interminable. C’est, surtout, donner le spectacle d’un État qui court derrière ses propres engagements… pour tenter de les rattraper et les annuler.
Santullo 1 – État gabonais 0 (et le match continue)
À force de vouloir gagner du temps, le Gabon a perdu le contrôle du dossier. À force de contester, il a consolidé la créance. À force de manœuvrer, il s’est piégé lui-même. Et Santullo ? Santullo encaisse. Lentement, sûrement, juridiquement. La morale de cette affaire est brutale, on peut retarder un paiement. On peut compliquer une procédure. Mais on ne peut pas éternellement fuir une signature. Surtout quand elle est gravée dans le marbre des décisions de justice.



