Société

Grève au CFPP Basile Ondimba : autopsie d’un naufrage organisé

Au Centre de Formation et de Perfectionnement Professionnels (CFPP) Basile Ondimba, on ne parle plus de grève. On parle de décomposition lente. Ce mardi 7 avril 2026, la Coalition des syndicats de la formation professionnelle s’y est réunie. Officiellement pour « faire le point ». En réalité, pour constater l’évidence : le système est à l’arrêt et personne, du côté des autorités, ne semble pressé de le remettre en marche.

Autour de la table, Prince Prosper Engonga et Edmond Hendet Ngadi ont répété ce que tout le monde sait déjà : quatre mois de grève, zéro réponse, zéro décision, zéro courage politique. Le silence du ministère n’est plus une absence de réaction. C’est une ligne de conduite.

Un système qui ne forme plus… et ne délivre plus rien

La vérité, brutale, est là : depuis plusieurs années, la formation professionnelle gabonaise ne garantit plus rien. Ni formation effective, ni validation des acquis, ni délivrance crédible de diplômes. Des promotions entières stagnent, coincées dans des cycles sans fin. Les évaluations sont reportées, annulées, oubliées. Les calendriers académiques ressemblent à des promesses électorales : flexibles, révisables, et rarement tenues.

On ne parle plus d’échec du système. On parle d’un système qui a renoncé à sa mission. La grève comme symptôme… pas comme cause. Les syndicats réclament le paiement des vacations, la régularisation du DTS, la disponibilité de la matière d’œuvre. Des revendications légitimes mais qui, à ce stade, ressemblent à des pansements sur une plaie béante. Car le problème est plus profond : la grève n’est pas la cause du blocage. Elle en est la conséquence logique. Quand un État ne paie pas ses formateurs, n’équipe pas ses centres et n’honore pas ses engagements, il ne peut pas exiger la continuité du service. Il organise lui-même son propre sabotage.

80 % de pratique, 100 % de fiction

L’épisode de la commission ad hoc résume à lui seul la situation : des jours de travaux, des discussions, un protocole d’accord… jamais signé. Dans d’autres contextes, cela s’appellerait une défaillance administrative. Ici, c’est devenu une méthode de gouvernance : discuter pour épuiser, promettre pour temporiser, ne rien signer pour ne rien assumer. Prince Prosper Engonga parle d’attente. En réalité, c’est une mise en suspens organisée.

Le modèle officiel impose 80 % de pratique. Sur le terrain, il n’y a ni matière d’œuvre, ni équipements fonctionnels, ni encadrement stable. Former sans outils, c’est comme enseigner la natation sans eau. Mais ici, on a perfectionné le concept : on délivre des formations sans formation, et bientôt des diplômes sans évaluation. Une industrialisation du vide.

Une jeunesse piégée dans un système fantôme

Les véritables victimes ne sont pas autour de la table des négociations. Elles sont dans les salles de classe désertées, dans les ateliers fermés, dans les parcours brisés. Des milliers de jeunes attendent. Attendent de passer des examens. Attendent de valider des années d’efforts. Attendent, surtout, qu’un État décide enfin de faire son travail. Mais combien sortiront de ce système avec autre chose qu’un certificat d’abandon déguisé ?

 

Une faillite politique, pas technique. Il faut cesser de parler de « difficultés ». Il s’agit d’une faillite politique caractérisée. Absence de vision. Absence de pilotage. Absence de responsabilité. La formation professionnelle, censée être un levier stratégique pour l’emploi, est devenue un angle mort de l’action publique. Un secteur que l’on administre par inertie, que l’on finance à reculons, et que l’on réforme à coups d’annonces sans lendemain.

Le temps des constats est terminé, la satire a ses limites. À ce niveau de délitement, elle devient presque superflue. Ce qu’il faut désormais, ce ne sont plus des concertations, ni des commissions, ni des promesses recyclées. Ce sont des décisions fermes paiement immédiat des arriérés, signature sans délai des accords négociés audit indépendant du système et mise sous obligation de résultats des gestionnaires du secteur. À défaut, il faudra assumer une vérité simple : le Gabon ne forme plus ses jeunes. Il les abandonne. Et au CFPP Basile Ondimba, comme dans tant d’autres centres, la formation professionnelle continuera de porter son nouveau nom officieux : une école de l’attente… sans diplôme à la sortie.

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