Politique

Louembé et le PDG de retour au pouvoir en 2030 : la passé que les Gabonais ne veulent plus revoir

Le Parti démocratique gabonais (PDG) revient, le verbe haut et l’ambition intacte, comme s’il n’avait jamais quitté la scène. À Koulamoutou, lors d’une célébration qui ressemblait davantage à un meeting de reconquête qu’à un simple anniversaire, son président, Blaise Louembé, a lâché une déclaration qui en dit long sur les ambitions du parti : reprendre le pouvoir en 2030. Une promesse ? Non. Une menace politique, diront certains observateurs lucides.

Car derrière les discours policés et les sourires de circonstance, le PDG tente ni plus ni moins de se réinstaller dans un paysage politique qu’il a largement contribué à verrouiller pendant des décennies, sous le long règne de Omar Bongo Ondimba, puis de Ali Bongo Ondimba. Deux époques, un même système, et au final un pays marqué par des inégalités persistantes, des frustrations sociales profondes et une confiance citoyenne en lambeaux.

Aujourd’hui, le même parti revient avec la même rhétorique, comme si le pays souffrait d’amnésie collective. Le problème, c’est que les Gabonais, eux, n’ont rien oublié. Ils se souviennent d’un système où les promesses de changement se transformaient en slogans creux, où les conditions de vie stagnaient pendant que les discours s’envolaient.

Et voilà que ce même appareil politique, après avoir perdu le pouvoir à la suite du coup d’État du 30 août 2023 au Gabon, ose annoncer son retour en 2030 comme une évidence. Une posture qui frise l’arrogance politique, voire le mépris pour une population qui aspire désormais à autre chose qu’un simple recyclage du passé.

Car le véritable problème du PDG n’est pas son ambition légitime en politique mais son passé. Un passé lourd, encombrant, qui le poursuit comme une ombre persistante. Comment convaincre un peuple de redonner les clés du pouvoir à une formation politique associée, à tort ou à raison, à des décennies de stagnation et de désillusion ?

Et comme si cela ne suffisait pas, le parti lui-même donne des signes évidents de fragilité interne. Derrière l’apparente unité affichée à Koulamoutou, les tensions, rivalités et ambitions concurrentes minent en profondeur l’organisation. Un parti divisé, fragmenté, qui prétend gouverner demain alors qu’il peine déjà à s’accorder sur sa propre ligne aujourd’hui.

Le paradoxe est criant : le PDG veut reconquérir le pouvoir, mais ne parvient même pas à convaincre en interne. Il promet une refondation, mais donne surtout l’impression d’un recyclage politique à peine maquillé. Et dans ce jeu, Brice Clotaire Oligui Nguema devient malgré lui un acteur central, que le PDG caresse dans le sens du poil tout en préparant sa succession.

Une stratégie de double jeu ? Certainement. Une stratégie risquée ? Assurément. Car à force de vouloir être partout dans l’opposition dans le discours et dans le pouvoir dans les faits le PDG risque surtout de n’être nulle part aux yeux d’un peuple de plus en plus conscient, exigeant et méfiant. La vraie question n’est donc pas de savoir si le PDG veut revenir en 2030. La question, beaucoup plus brutale, est la suivante : le peuple gabonais veut-il encore de lui ? Et à ce stade, le silence des citoyens ressemble déjà à une réponse.

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