Mont-Bouët fermé dès 17h30 : les commerçants fustigent une mesure absurde

Au Marché de Mont-Bouët, on ne ferme plus un marché. On éteint des vies à heure fixe. 17h30. Rideau. Circulez. Plus rien à vendre, plus rien à manger, mais beaucoup à comprendre. La décision de la mairie de Libreville, pilotée par Pierre Matthieu Obame Etoughe, n’est plus perçue comme une mesure d’organisation. C’est une exécution administrative à petite dose. Propre, réglementée… et socialement brutale.
L’arrêté ou l’art de gouverner hors-sol
Sur les bureaux climatisés, tout est logique : un arrêté, une heure, une sanction. L’ordre urbain dans sa version PowerPoint. Mais dans la fournaise de Mont-Bouët, cette logique devient une absurdité presque insultante. « À 17h30, on ne ferme pas, on commence », tranche Angèle, vendeuse de poisson, regard noir et mains calleuses. « Ceux qui ont pris cette décision n’ont jamais vendu une seule tomate ici. » Le diagnostic est sans appel : ce n’est pas une régulation, c’est une méconnaissance. Et dans ce cas précis, l’ignorance coûte cher mais pas à ceux qui signent les arrêtés. Punir les pauvres pour organiser la ville.
Le message envoyé est limpide, presque brutal dans sa simplicité, l’ordre urbain passe avant la survie économique. À Mont-Bouët, on ne parle pas de confort commercial. On parle de subsistance. Chaque heure compte, chaque client tardif est une chance de boucler la journée sans dette. Mais voilà, cette réalité-là ne rentre pas dans les textes. « On nous demande d’être organisés, mais avec quoi ? » lance Patrice, vendeur de chaussures. « On n’a ni boutique formelle, ni crédit bancaire, ni sécurité. Et on nous enlève même le temps de travailler. » Autrement dit : on exige la discipline sans offrir les moyens.
L’hypocrisie institutionnelle en pleine lumière
Le commerce informel est toléré quand il arrange, combattu quand il dérange. Invisible dans les politiques publiques, indispensable dans la réalité économique. Les structures comme Solidarité pour le Développement du Gabon et le Syndicat des Débrouillards du Gabon dénoncent une violence sociale déguisée en mesure technique. Et ils n’ont pas tort. Car derrière le discours sur « l’organisation », il y a une constante : ce sont toujours les plus fragiles qui paient l’addition des décisions les plus mal calibrées. La loi… et ses arrangements
Officiellement, tout le monde ferme à 17h30. Dans les faits ? Certains continuent. D’autres se font saisir. Et entre les deux, une zone grise où prospèrent soupçons, frustrations et colère. « Ici, la loi n’est pas la même pour tout le monde », lâche un commerçant, à voix basse mais colère haute. « Si tu n’as personne derrière toi, tu subis. » Aucune preuve formelle, mais une perception largement partagée. Et en politique, la perception fait souvent plus de dégâts que les faits.
Une bombe sociale, en pleine incubation. Ce qui se joue à Mont-Bouët n’est pas une simple contestation. C’est une montée de tension. Lente, mais dangereuse. Car quand on touche au revenu quotidien de milliers de personnes, on ne régule pas : on provoque. Un sociologue local résume froidement, « c’est une politique de compression sociale. On serre jusqu’à ce que ça casse. » Et à ce rythme, la casse n’est plus une hypothèse.
Gouverner ou contraindre ?
La vraie question est là. Brutale. Inconfortable. Inévitable. Gouverner, est-ce comprendre les réalités… ou les plier de force ? Organiser, est-ce accompagner… ou imposer ? À Mont-Bouët, la réponse actuelle penche dangereusement vers la seconde option. Et pendant que les autorités regardent leurs montres, les commerçants, eux, regardent leurs enfants. Parce qu’au bout du compte, derrière chaque étal fermé à 17h30, il y a une réalité que les arrêtés ne mentionnent jamais la faim n’a pas d’horaires administratifs.



