Société

RTN : huit années sans salaires, huit années de promesses creuses : la faillite d’un homme érigée en système

Il faut désormais appeler les choses par leur nom : à Radiotélévision Nazareth, on n’est plus dans une crise, mais dans une dérive brutale, cynique et assumée. Huit années sans salaires dignes de ce nom. Huit années de promesses creuses. Huit années à exploiter la loyauté de travailleurs transformés en figurants d’un théâtre de l’absurde. Et pendant que la chaîne agonise, un homme, lui, semble parfaitement à l’aise dans ce désordre qu’il entretient : Bruno Ngoussi. Une télévision ou une propriété privée capricieuse ?

À entendre les témoignages internes, le diagnostic est sans appel : RTN n’est plus une entreprise. C’est un caprice. Une extension d’humeur. Une structure gérée comme on gère une boutique de quartier… ou une chaire dominicale. « Ici, tout dépend de son humeur », lâche un agent. « Un jour on nous promet, le lendemain plus rien », renchérit un autre. Le constat est brutal : aucune gouvernance, aucune transparence, aucune rigueur. Le droit du travail ? Une abstraction. Les salaires ? Une variable d’ajustement. Les employés ? Une ressource corvéable, tenue par la seule corde de l’espoir… ou de la résignation.

Les caisses vides, la parole pleine

Selon plusieurs sources concordantes, les finances de la chaîne sont au plus bas. Les caisses ? Vidées. Asséchées. Presque fantomatiques. Mais dans ce désert budgétaire, une chose, elle, ne manque jamais : les discours. Promesses de relance. Annonces de restructuration. Projets jamais concrétisés. Une inflation de paroles pour masquer un vide de gestion. Et au fond, une question simple, presque violente dans sa simplicité : pourquoi créer une entreprise si l’on est incapable d’en assumer la responsabilité la plus élémentaire payer ceux qui la font vivre ? Huit ans de misère organisée.

Derrière cette faillite structurelle, il y a des vies fracassées. « Je suis père de famille. Huit ans sans salaire, c’est une humiliation permanente », confie un technicien. « J’ai vendu mes biens pour survivre. Aujourd’hui, je n’ai plus rien », témoigne une journaliste. « On travaille… mais on vit comme des mendiants », lâche une animatrice, la voix serrée. Ce ne sont pas des anecdotes. C’est un système. Une précarité institutionnalisée, installée dans la durée, normalisée par le silence. À Radiotélévision Nazareth, on ne paie plus les salariés : on les use.

Le pasteur, le politique… et l’irresponsabilité

Le plus indécent dans cette affaire, c’est le contraste. Car Bruno Ngoussi n’est ni isolé ni marginal. Proche du sommet de l’État, adoubé par Brice Clotaire Oligui Nguema, il a siègé au Sénat de la transition. Les honneurs de la République, la respectabilité institutionnelle… tout y est. Sauf l’essentiel : la responsabilité.

Comment peut-on prêcher des valeurs, occuper des fonctions publiques, et dans le même temps laisser des dizaines de familles sombrer dans la précarité la plus brutale ? Comment peut-on incarner l’autorité morale et organiser, dans les faits, une telle déliquescence sociale ? La question dérange. Elle devrait surtout scandaliser.

RTN ou la privatisation abusive d’un bien collectif

Car il faut aussi rappeler une évidence : une télévision n’est pas qu’une entreprise. C’est un espace public. Un outil d’information. Un patrimoine culturel. Transformer Radiotélévision Nazareth en instrument personnel, en structure pilotée sans règles ni comptes à rendre, c’est confisquer un bien collectif au profit d’un fonctionnement opaque et arbitraire. C’est, en somme, faire de l’audiovisuel un territoire privé, hors de toute exigence professionnelle.

La grève qui s’annonce n’est pas une revendication classique. C’est une rupture. Un refus de continuer à cautionner l’inacceptable. Quand l’écran deviendra noir, ce ne sera pas une panne. Ce sera un verdict. Le verdict d’agents qui refusent de mourir à petit feu. Le verdict d’une gestion qui aura tout détruit : la confiance, la dignité, la crédibilité. Et ce noir-là posera une dernière question, implacable : combien de temps encore tolérera-t-on que certains transforment leurs entreprises en royaumes personnels… et leurs employés en victimes silencieuses ?

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