Théophane Nzame-Nze Biyoghe : une communication “hors-sol”, déconnectée des réalités du terrain gabonais
Il y a des fonctions où la parole engage plus que celui qui la prononce : elle engage un État, une vision, parfois même une espérance collective. Et puis il y a des prises de parole qui, au lieu d’éclairer, épaississent le brouillard. À chaque intervention de Théophane Nzame-Nze Biyoghe, c’est un peu ce paradoxe qui s’installe : parler beaucoup, mais convaincre peu.

Dans les cercles feutrés de la communication présidentielle, une règle d’or prévaut : on ne parle pas pour occuper l’espace, on parle pour structurer la perception. Or ici, l’impression dominante est celle d’un discours qui cherche d’abord à exister, à résonner, à se faire entendre quitte à perdre en cohérence ce qu’il gagne en volume.
Le porte-parole gabonais semble ainsi évoluer dans un registre singulier, oscillant entre la récitation institutionnelle et une forme de prêche approximatif, presque désincarné. Comme un Samaritain moderne de la parole publique, il s’exprime davantage dans l’intention d’être audible que dans celle d’être intelligible. Résultat : un discours qui survole les enjeux, contourne les aspérités et laisse l’auditeur sur sa faim.
Car la communication présidentielle n’est pas un exercice d’improvisation. Elle exige une maîtrise rigoureuse des dossiers, une capacité à anticiper les questions sensibles, et surtout une intelligence stratégique du contexte. Sur les questions nationales brûlantes comme sur les enjeux internationaux, l’approximation n’est pas une option elle est une faute professionnelle.
Plus inquiétant encore, cette parole flottante contribue à fragiliser la crédibilité de l’institution qu’elle est censée défendre. Lorsqu’un porte-parole donne le sentiment de naviguer à vue, c’est toute la chaîne de communication étatique qui vacille. Le citoyen, lui, n’écoute plus : il soupire, ironise, puis décroche. Certains observateurs évoquent une communication “hors-sol”, déconnectée des réalités du terrain gabonais. D’autres parlent d’un style “verbeux sans colonne vertébrale”, où l’on empile des mots faute de construire du sens. Dans les deux cas, le diagnostic converge : l’art de la communication ne s’improvise pas, et encore moins au sommet de l’État.
Le plus paradoxal reste sans doute cette capacité à occuper l’espace médiatique sans jamais réellement l’habiter. Présent, mais rarement percutant. Visible, mais peu crédible. Comme si la fonction était assurée sans être pleinement incarnée. Dans un pays où la parole publique est attendue comme un repère, cette situation pose une question de fond : peut-on durablement porter une vision présidentielle sans en maîtriser les codes, les enjeux et les exigences ?
La responsabilité, in fine, incombe au sommet. Brice Clotaire Oligui Nguema ne pourra durablement imposer sa ligne sans s’appuyer sur une communication solide, crédible et stratégiquement pensée. Car un pouvoir qui parle mal est un pouvoir qui s’expose et, à terme, qui s’affaiblit. En communication présidentielle, le silence est parfois une erreur. Mais la parole mal maîtrisée, elle, devient un risque. Et à force de vouloir parler pour être entendu, on finit souvent par ne plus être écouté.



