Bernard Gnamankala à la tête du SILAM : la nationalisation de l’écoute généralisée
Cette fois, le vernis a sauté. En nommant le général Bernard Gnamankala à la tête du très opaque SILAM, Brice Clotaire Oligui Nguema ne s’est pas contenté de tourner une page. Il a ouvert un nouveau chapitre… beaucoup moins rassurant qu’il n’y paraît. Officiellement, on parle de souveraineté retrouvée. Dans les faits, beaucoup murmurent autre chose : la nationalisation de l’écoute généralisée.

Qu’on soit clair : reprendre le contrôle d’un service aussi stratégique que le SILAM est, en soi, une décision logique. Aucun État digne de ce nom ne laisse indéfiniment ses communications sous perfusion étrangère. Très bien. Mais il y a une différence entre reprendre le contrôle… et resserrer l’étau.
Car sous l’ère Jean-Charles Solon, une rumeur persistante n’a jamais cessé de circuler : des personnalités politiques, des voix critiques, des figures gênantes auraient été placées sous écoute. Rien de prouvé officiellement, évidemment. Mais dans un pays où le silence est souvent plus parlant que les communiqués, cela en disait long. Et aujourd’hui ?
On remplace l’homme. Mais les méthodes, elles, restent dans l’ombre. Du soupçon à la peur, c’est là que le bât blesse. Car avec l’arrivée de Gnamankala, l’inquiétude ne diminue pas elle change de nature. Elle s’intensifie. Elle se rapproche. Elle devient presque tangible. Avant, certains dénonçaient une influence extérieure. Aujourd’hui, la crainte est plus brutale : un système entièrement contrôlé de l’intérieur. Dans un contexte post-Coup d’État du 30 août 2023 au Gabon, où le pouvoir consolide ses positions, la tentation de surveiller, d’anticiper, de neutraliser n’est pas une hypothèse. C’est une mécanique classique. Et le SILAM est l’outil parfait.
Liberté d’expression : sous respiration artificielle ?
Dans les rédactions, dans les milieux politiques, dans les conversations privées, une question revient, obsédante : qui écoute ? et jusqu’où ? Car dans un système où l’interception devient une arme, la liberté d’expression cesse d’être un droit pour devenir un risque. Parler, critiquer, enquêter… tout cela peut soudain coûter cher. Très cher. Le danger n’est pas seulement l’écoute. Le danger, c’est l’autocensure qu’elle installe. Quand les citoyens commencent à baisser la voix sans qu’on leur demande, le travail est déjà fait.
Gnamankala, homme de mission… ou homme du système ? Le général Gnamankala n’est pas un technicien neutre parachuté par hasard. C’est un pur produit de l’appareil sécuritaire. Un homme formé, aguerri, rompu aux logiques du renseignement. Autrement dit : il sait exactement ce qu’il fait. Et c’est bien cela qui inquiète. Car diriger le SILAM, ce n’est pas simplement protéger l’État. C’est aussi détenir un pouvoir colossal, invisible, incontrôlable. Un pouvoir qui, mal utilisé, peut faire basculer un pays de la vigilance à la surveillance… puis de la surveillance à la dérive.
La souveraineté comme écran de fumée
Le discours officiel est bien rodé : souveraineté, efficacité, sécurité nationale. Mais derrière ces mots, une autre réalité pourrait se dessiner : celle d’un État qui écoute plus qu’il ne protège, qui surveille plus qu’il ne rassure. La souveraineté, dans ce cas, ne serait qu’un habillage. Un mot noble pour une pratique beaucoup moins reluisante.
Une chose, est sûre plus personne n’est vraiment seul. Avec ce basculement, une ligne invisible vient d’être franchie. Le SILAM version Gnamankala n’est plus perçu comme un simple outil stratégique. Il devient, dans l’imaginaire collectif, une présence silencieuse, permanente. Un doute qui s’installe. Une méfiance qui grandit. Un climat qui se durcit. Et au bout du compte, une question glaçante : Dans ce nouveau Gabon souverain… qui peut encore parler librement sans se demander si quelqu’un écoute ?



