Bertrand Zibi Abeghe, “Okulu” : quand la mémoire politique disparaît plus vite qu’un discours
Au Gabon, la politique a ses mystères, ses retournements et ses miracles. Mais le dernier prodige observé sur le plateau de l’émission Tête-à-tête de France 24 dépasse l’entendement : la disparition subite de la mémoire politique. Son auteur ? L’ancien député et opposant historique Bertrand Zibi Abeghe.

Face aux caméras, l’homme s’est livré à un exercice spectaculaire : démonter avec vigueur les accusations de l’ancienne Première dame Sylvia Bongo Ondimba, qui affirme être victime de séquestration et dont le fils Noureddine Bongo Valentin évoque des mauvais traitements. « C’est de la comédie », tranche Zibi Abeghe, sûr de lui, déterminé, presque pédagogique. Jusque-là, rien d’extraordinaire. La politique adore les procès publics.Mais voilà : au Gabon, l’opinion publique a une mémoire parfois plus longue que celle de certains acteurs politiques. Et c’est là que le spectacle devient intéressant.
Une lettre oubliée… très oubliée
Car avant d’être conseiller stratégique dans l’orbite du président de la transition Brice Clotaire Oligui Nguema, Bertrand Zibi Abeghe fut prisonnier politique à la prison centrale de Libreville. Et à l’époque ironie de l’histoire l’ancien député avait écrit une lettre explosive dans laquelle il affirmait avoir été torturé.
Dans ce document, qui circule encore dans certaines archives militantes, il évoquait la responsabilité de responsables sécuritaires de l’époque. Et parmi les noms cités figurait celui d’un officier devenu aujourd’hui… président de la République. Un détail qui, manifestement, n’a pas trouvé sa place dans l’interview de France 24. On appelle cela, dans le jargon politique, une amnésie sélective. Dans les rédactions satiriques, on appelle cela un retournement de veste avec option pressing intégré.
Le prix de la loyauté politique
La question qui circule désormais dans les cercles politiques de Libreville est brutale : quel est aujourd’hui le prix politique de Bertrand Zibi Abeghe ?
Hier martyr de la lutte démocratique.
Aujourd’hui défenseur zélé du nouveau pouvoir. Entre les deux, un changement de posture qui intrigue, amuse ou agace selon les camps. Dans les rues de Libreville, certains observateurs ont trouvé une formule lapidaire : « Au Gabon, la prison fabrique parfois des opposants… et le pouvoir fabrique parfois des amnésiques. »
D’où ce surnom ironique qui circule désormais dans certains cercles critiques : « Zibi Okulu » une manière sarcastique de dire que la parole politique peut parfois perdre de sa consistance lorsqu’elle s’approche trop près du pouvoir.
Le grand théâtre de la morale politique
L’affaire Sylvia Bongo est devenue un terrain idéal pour ce grand théâtre politique. D’un côté, l’ancienne Première dame dénonce sa situation. De l’autre, les nouvelles figures du pouvoir répliquent avec une indignation soigneusement calibrée. Et au milieu, des anciens opposants devenus alliés du système qui réécrivent le scénario à mesure que la pièce avance. Résultat : le public regarde, perplexe, un spectacle où les rôles changent plus vite que les décors.
La rumeur d’un coup de colère médiatique
Pendant ce temps, une autre rumeur agite Libreville : certains cercles proches du pouvoir envisageraient de hausser le ton contre France 24. Dans les couloirs politiques, on murmure que le ministre de la Communication pourrait bientôt convoquer une conférence de presse pour dénoncer la couverture médiatique de la chaîne française.
Suspension ? Mise en garde ? Personne ne sait vraiment. Mais l’idée circule suffisamment pour alimenter les conversations. Ce qui ferait dire à un vieux chroniqueur politique : « Quand un pouvoir commence à s’énerver contre les journalistes, c’est souvent qu’il commence à s’énerver contre la mémoire. »
Une question qui dérange
Au fond, derrière les déclarations de plateau et les indignations télévisées, une question simple demeure : où s’arrête la vérité et où commence la stratégie politique ? Car au Gabon, comme ailleurs, la mémoire n’est jamais neutre.
Elle peut être une arme, un bouclier ou un silence soigneusement entretenu. Et dans ce brouhaha de récits contradictoires, une certitude s’impose : la vérité politique, elle, n’a pas encore donné sa dernière interview.



