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Réseaux sociaux coupés : le parti politique de Bilie-By-Nze este la HAC en justice

Au Gabon, le feuilleton judiciaire opposant Ensemble Pour Le Gabon (EPG) à la Haute Autorité de la Communication (HAC) pourrait bien ressembler à l’un de ces procès où le verdict circule déjà dans les couloirs avant même que le juge ne prenne place. L’audience en référé prévue le 11 mars devant le Tribunal de Première Instance de Libreville est censée trancher la plainte déposée par le parti de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze contre la suspension des réseaux sociaux.

Officiellement, la procédure porte sur une « voie de fait » et un « excès de pouvoir » de la HAC. Officieusement, certains observateurs du microcosme politico-judiciaire gabonais parlent déjà d’un combat judiciaire déséquilibré, où l’issue serait connue d’avance.

Quand couper les réseaux, c’est couper la voix du peuple

La décision de la HAC du 17 février de suspendre les réseaux sociaux a eu l’effet d’un coup de hache numérique. Facebook, WhatsApp, TikTok, X… silence radio. Pour l’autorité de régulation, il s’agissait de prévenir les dérives et de maintenir l’ordre public. Mais pour des milliers de Gabonais, cette décision a ressemblé à une mise sous cloche du débat public. Car aujourd’hui, au Gabon comme ailleurs, les réseaux sociaux ne sont plus seulement un espace de bavardage. Ils sont devenus un outil économique, un média d’information et parfois le dernier refuge de la parole citoyenne.

Commerçants en ligne, influenceurs, journalistes indépendants, créateurs de contenus… toute une économie informelle dépend désormais de ces plateformes. Couper les réseaux sociaux, c’est donc couper une partie de la respiration économique et démocratique du pays.

Une justice accusée de pencher dangereusement

Sur le papier, l’action judiciaire d’EPG vise à faire constater une atteinte aux libertés fondamentales. Dans les faits, certains juristes et observateurs parlent d’un test grandeur nature de l’indépendance de la justice gabonaise. Mais dans les coulisses du dossier, plusieurs sources proches de la procédure glissent une remarque devenue presque proverbiale :  « La justice gabonaise ressemble parfois à la tour de Pise : elle est debout… mais elle penche. »

Autrement dit, beaucoup redoutent que la décision du juge ne soit moins juridique que politique. Dans ce contexte, l’audience du 11 mars risque de se transformer en rituel judiciaire, où l’on plaide, on argumente, on cite la Constitution… pendant que l’issue se devine déjà.

Bilie-By-Nze face à ses propres contradictions

Ironie de l’histoire politique gabonaise : la bataille pour la liberté d’expression est aujourd’hui portée par Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien chef du gouvernement et figure majeure du système qui dirigeait encore le pays il y a peu. Or, beaucoup rappellent que la liberté d’expression au Gabon a souvent été plus confortable dans les discours officiels que dans la pratique politique.

Autrement dit, l’ancien Premier ministre découvre aujourd’hui, dans l’opposition, les limites d’un système institutionnel qu’il a lui-même contribué à faire fonctionner lorsqu’il était au pouvoir. Dans les rédactions et les cafés politiques de Libreville, certains commentateurs ironisent : « La liberté d’expression au Gabon existe… mais surtout dans les textes. »

Un verdict déjà écrit ?

Pour de nombreux Gabonais, le suspense judiciaire est donc relatif. Dans l’opinion publique, un refrain circule déjà : la HAC aurait gagné le procès avant même de comparaître. Si cette perception s’installe durablement, le véritable perdant ne sera ni l’EPG ni la HAC, mais la crédibilité de l’institution judiciaire elle-même.

Car dans une démocratie en reconstruction, la justice devrait être le dernier rempart contre l’arbitraire administratif. Si elle apparaît comme un simple décor institutionnel, alors les tribunaux risquent de devenir des théâtres où se jouent des procès dont le scénario est écrit ailleurs.

La bataille de l’ère numérique

Au-delà de ce dossier précis, l’affaire pose une question fondamentale : qui contrôle la parole publique à l’ère des réseaux sociaux ? Les gouvernements y voient parfois une source d’instabilité. Les citoyens, eux, y voient souvent le dernier espace où leur voix échappe au filtre des institutions.

Au Gabon, ce bras de fer entre pouvoir, justice et réseaux sociaux ne fait sans doute que commencer. Car dans un pays où la parole officielle a longtemps dominé l’espace public, les réseaux sociaux ont introduit un élément imprévisible : la parole brute du peuple. Et c’est peut-être cela, au fond, qui dérange le plus.

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