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Crise au PDG : Julien Nkoghe Bekale, une tentative désespérée de maintenir l’ordre dans un cirque où les lions se dévorent

Julien Nkoghe Bekale a parlé. Enfin, il a enfin trouvé sa voix dans le vacarme assourdissant du Parti démocratique gabonais (PDG). Dans une tribune sur Gabon Media Time, l’ancien Premier ministre se fait le héraut de la « fidélité », du « directoire légitime » et du « parti appartenant aux militants ». Noble. Mais quand on gratte sous la peinture, ce sermon sonne surtout comme une tentative désespérée de maintenir l’ordre dans un cirque où les lions sont rois et où les tigres attendent leur tour pour bondir.

Car le problème n’est pas simplement une « guerre de leadership », comme le répète Bekale. Non, le problème est beaucoup plus simple, brutal et… sanguin : dans tous les partis africains fondés par un président charismatique, aucun testament politique n’est jamais laissé. Ali Bongo Ondimba n’a jamais dicté sur un bout de papier qui hériterait de son empire politique. Résultat : chaque militant qui a la moindre ambition se transforme en prédateur prêt à dévorer le voisin. Et cela, Julien Nkoghe Bekale semble l’ignorer ou le sous-estimer.

Son message principal « l’unité, la discipline, la reconstruction » est beau sur le papier, mais dans la vraie vie politique, il se heurte à la dure réalité : La fidélité ne nourrit pas l’ambition. Les militants « restés fidèles » que Bekale glorifie sont comme des soldats loyaux sur un champ de bataille où le général a disparu. Certains survivent, d’autres finissent écrasés par ceux qui n’ont jamais eu l’intention de rester dans l’ombre. La légalité ne fait pas l’histoire. Oui, le directoire actuel est issu du Congrès du 30 janvier 2025. Oui, il est « légal et légitime ». Mais la politique, ce n’est pas le code civil. La légitimité se dispute au quotidien, à coups de réseaux, d’argent et d’influence. Et dans ce domaine, Bekale n’a pas le monopole de la lucidité. Les querelles internes sont structurelles, pas anecdotiques. Le PDG, vieux parti dirigé par des générations de leaders charismatiques, est un château de cartes fragile. Dès que l’ancien maître s’éloigne, chacun se rappelle qu’il n’y a aucun testament pour dire qui tient les clés. Et là, soudain, toutes les amitiés, toutes les loyautés, tous les discours sur l’unité tombent comme des dominos et la stratégie de Bekale est un pansement sur une jambe de bois. Appeler à la cohésion quand des figures politiques traquent déjà leur prochain fief, c’est naïf. L’unité qu’il invoque est un idéal romantique, une fiction pour calmer les militants fatigués des chamailleries. Dans les faits, les luttes d’influence vont continuer, et certains ne reculeront devant rien pour hériter du pouvoir.

En somme, Julien Nkoghe Bekale a raison sur un point : le PDG a besoin d’unité et de reconstruction. Mais il se trompe en croyant que la morale et la fidélité suffisent à contrer les appétits voraces de ceux qui veulent leur part du gâteau. La vérité, crue et dure, est que la politique au Gabon, et dans les partis historiques, est un héritage sans testament, une succession qui se règle à coups de dents, pas de discours.

Alors oui, Bekale peut sermonner, rappeler que « le parti appartient aux militants », dénoncer les ambitions individuelles et pleurer sur la fidélité perdue. Mais derrière ces mots se cache une évidence que tout politologue sérieux connaît : tant qu’il n’y aura pas de règles claires pour la succession, les guerres intestines continueront, et le PDG ne sera jamais autre chose qu’un champ de bataille permanent.

La morale est simple et brutale : l’unité est un luxe, la fidélité est une monnaie rare, et la politique reste le terrain de ceux qui mordent avant d’être mordus. Julien Nkoghe Bekale l’a compris tard, et ses sermons ont plus l’air de cris dans le vide qu’autre chose.

 

 

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