Joël Andy Poungou ;Joël Andy Poungou, prophète autoproclamé, marchand de miracles low-cost et politicien de pacotille
Il invoquait le ciel, il a trouvé la cellule. Joël Andy Poungou, 38 ans, prophète autoproclamé, marchand de miracles low-cost et politicien de pacotille, vient d’achever sa carrière spirituelle dans un lieu hautement symbolique : la prison centrale de Libreville. Une consécration carcérale pour celui qui promettait la prospérité divine à crédit, moyennant soumission, silence et parfois nudité réglementaire. Ainsi s’achève la trajectoire ascendante d’un homme qui avait confondu l’onction avec l’impunité.
La fabrique industrielle du mensonge sacré
Le système Poungou n’était pas une dérive : c’était une entreprise structurée d’exploitation de la foi. Une PME de la crédulité, parfaitement huilée, où la prière servait d’appât, la peur de carburant et la manipulation de moteur.
Dans ses temples, les miracles se produisaient surtout dans les comptes bancaires et dans l’ego hypertrophié du gourou. Le reste relevait du théâtre : transes scénarisées, délivrances mises en scène, guérisons sans suivi médical bref, la panoplie classique du charlatanisme religieux sous stéroïdes mystiques. Mais derrière l’estrade illuminée, les coulisses révélaient une réalité plus sordide : un système de prédation sexuelle méthodique, déguisé en rituel sacré.
Quand l’autel devient salle de chasse
Sous couvert de « délivrance divine », certaines fidèles étaient conviées à des séances privées. Traduction non biblique : huis clos propices aux abus. Déshabillage rituel, attouchements sanctifiés, humiliations justifiées par la lutte contre les démons la grammaire de l’emprise était parfaitement rodée.
La foi devenait anesthésiant, la peur du péché muselière, et l’autorité spirituelle permis de violer sans laisser de traces visibles. Un viol psychologique permanent, doublé parfois d’agressions physiques caractérisées. Les vidéos et photos révélées sur les réseaux sociaux n’ont fait que confirmer ce que beaucoup soupçonnaient sans oser parler : le temple était devenu un piège, et la prière un instrument de domination.
Pornographie, chantage et liturgie du silence
Plus grave encore : ces images intimes auraient servi de matériel de chantage, verrouillant le silence des victimes par la menace de l’exposition publique. Une pornographie instrumentalisée comme arme spirituelle, dans un cynisme glaçant.
Ainsi se construisait la loi du prophète : tu te tais ou je publie. Le sacré basculait dans le sordide, la confession dans la coercition, la foi dans la terreur. Dans ce système, Dieu devenait l’alibi parfait : invisible, muet, et très commode pour couvrir l’indicible.
Le scandale qui met à nu l’hypocrisie nationale
Car Joël Andy Poungou n’est pas une anomalie. Il est le produit d’un écosystème toxique, où prolifèrent des centaines d’églises incontrôlées, prospérant dans un vide juridique confortable, sur fond de misère sociale, de désespoir existentiel et d’abandon politique.
Au Gabon, on laisse pousser les temples comme des champignons après la pluie, mais on s’étonne ensuite de voir surgir les poisons. L’État regarde ailleurs, les autorités ferment les yeux, les notables fréquentent les cultes, et la société se rassure à coups de miracles en promotion. Résultat : une industrie du salut frelaté, qui brasse des milliards spirituels et détruit des vies très réelles.
Les fidèles du déni
Face à l’évidence, les partisans du prophète hurlent au complot. Toujours le même refrain : persécution, cabale, attaque satanique. Le diable est décidément l’alibi préféré des escrocs spirituels pris la main dans le bénitier.
Dans ce théâtre de l’absurde, les victimes deviennent suspectes, la preuve devient manipulation, et l’abus devient épreuve de foi. Le fanatisme sert de bâillon, l’endoctrinement de muraille. Mais même la ferveur la plus fanatique ne peut effacer des images qui parlent un langage universel : celui de la domination, de l’humiliation et de la violence.
La justice face au sacré : un test historique
En jetant Joël Andy Poungou derrière les barreaux, la justice gabonaise a posé un acte rare : rappeler que la soutane ne vaut pas immunité pénale. Reste à savoir si cet acte marquera un tournant structurel ou s’il s’agit d’un sacrifice symbolique destiné à apaiser la colère populaire.
Car tant que les églises continueront d’échapper à un contrôle sérieux, tant que les abus spirituels resteront juridiquement flous, d’autres prophètes tomberont après avoir brisé des existences. Épitaphe provisoire d’un faux messie. Joël Andy Poungou promettait le paradis, il découvre la détention. Il annonçait la délivrance, il expérimente l’enfermement. Il se croyait intouchable, il est désormais détenu. La Bible dit « On reconnaît l’arbre à ses fruits. » Les fruits de ce ministère sentent la peur, la honte et la prédation. Et dans cette affaire, ce n’est pas la foi qui est jugée c’est son instrumentalisation criminelle.

