Justin Ndoundangoye : le moraliste tardif tire à boulets rouges sur son ex collègue de la mafia
Dans le théâtre politique gabonais, certains rôles se répètent avec une constance désarmante. Prenez Justin Ndoundangoye, par exemple. Ancien ministre des Transports, figure de l’ancienne garde, condamné par la justice pour détournements et rétrocommissions, voilà qu’aujourd’hui il se mue en prêcheur de morale, envoyant des salves verbales à Alain-Claude Bilie-By-Nze, comme si l’histoire et la mémoire judiciaire étaient des boules de neige à manipuler à sa guise.
Il y a quelque chose de profondément comique, presque pathétique, à voir Ndoundangoye, « le ventre plein », descendre à boulets rouges sur Bilie-By-Nze. Le motif ? Des décisions prises sous le feu de la présidentielle, la révision du code électoral, la gestion des campagnes et des frontières. Mais, rappelons-le : Ndoundangoye fut lui-même au centre du système qu’il critique aujourd’hui.
En 2019, il fut arrêté dans le cadre de l’opération Scorpion, poursuivi pour concussion, conflits d’intérêts, association de malfaiteurs et détournement de fonds publics. Les montants ? Des dizaines de millions de FCFA issus d’un marché ferroviaire. Une condamnation à cinq ans de prison, assortie d’amendes et de remboursements, lui rappela que les effets de la corruption finissent toujours par rattraper ceux qui s’y adonnent.
Et pourtant, muni de ce curriculum judiciaire, il se présente aujourd’hui en saint moraliste, distribuant des leçons comme on distribuerait des cartes postales depuis un hôtel du festin. C’est là, dans ce décalage grotesque, que réside la satire : celui qui a contribué à mettre le pays dans le chaos prétend désormais donner des conseils de bonne gouvernance.
Bilie-By-Nze : le réformateur incompris
Contrastons avec Bilie-By-Nze. Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, il a le mérite de reconnaître ce que l’ancien régime n’a jamais voulu admettre : la gestion passée n’était ni exemplaire ni sainte.
L’homme propose une vision, une alternative, une tentative de sortie de l’immobilisme. Il met en avant la modernisation, la rationalisation des dépenses publiques et la digitalisation des services. En clair, il essaie de bâtir une nouvelle maison politique sur des fondations différentes, loin des pratiques héritées d’hier.
Et pourtant, Ndoundangoye tire à boulets rouges sur ce collaborateur ministériel d’antan, comme si mordre l’épaule qui vous a autrefois porté était un passe-temps légitime. Dans l’esprit critique, c’est un enfant qui, après avoir mangé, se plaint de l’assiette de son voisin. Pathétique, mais savoureux pour qui aime les caricatures politiques.
Analyse : la morale à géométrie variable
Cette posture de moraliste tardif n’est pas une simple anecdote : elle est symptomatique d’un mal plus large dans la politique gabonaise. Trop souvent, ceux qui furent acteurs d’un système défaillant se repositionnent en juges, en commentateurs, en arbitres. Le problème ? Ils oublient que la mémoire collective est vivante, que les archives judiciaires et les faits ne peuvent être repeints à coups de discours et de déclarations spectaculaires.
Ndoundangoye prétend dénoncer la révision électorale, le couvre-feu ou le bulletin unique, mais il omet que la présidentialisation du système et les décisions controversées ont été façonnées par ceux dont il était l’un des piliers. C’est l’ironie cruelle de l’histoire : il reproche aux autres ce qu’il a toléré, voire encouragé.
Leçons pour le Gabon
La vraie satire, c’est de voir qu’en politique, la morale peut être transportable, mais la compétence et l’expérience restent figées dans le temps. Bilie-By-Nze propose une alternative, tente de corriger des décennies d’inaction, alors que Ndoundangoye récite des sermons du haut de son « hôtel du festin ».
Le message pour le citoyen : regardez au-delà du vernis moral, analysez les actes, pas les discours. Les critiques sont faciles quand on n’est plus aux commandes, et dangereuses lorsqu’elles viennent de ceux qui ont participé au chaos qu’ils dénoncent.
Ainsi, l’interview de Ndoundangoye n’est pas qu’une polémique : c’est une leçon involontaire de cynisme politique, une illustration parfaite de la satire involontaire. On rit, on grimace, mais surtout, on comprend : le Gabon mérite des critiques fondées sur la compétence et l’expérience, pas sur l’amnésie sélective et la revanche d’un ventre trop plein.



