Politique

Germain Biahodjow contre France 24 : une sortie médiatique contreproductive

La sortie médiatique du ministre de la Communication Germain Biahodjow n’avait sans doute pas pour objectif d’enflammer le débat national. Pourtant, à Libreville comme dans les cercles intellectuels et politiques du pays, ses déclarations contre la chaîne internationale France 24 ont eu l’effet inverse : elles ont ravivé les interrogations de l’opinion publique sur la posture médiatique du pouvoir actuel.

En dénonçant l’interview accordée par l’ancienne première dame Sylvia Bongo Ondimba, dans laquelle celle-ci évoque des accusations de torture et de mauvais traitements durant sa détention et celle de son fils Noureddin Bongo Valentin, le ministre pensait probablement « remettre les pendules à l’heure ». Mais dans un contexte politique encore sensible depuis le Coup d’État du 30 août 2023 au Gabon, la stratégie de riposte choisie par le gouvernement semble avoir produit l’effet contraire. Car au-delà du démenti officiel classique dans ce type d’affaire c’est surtout la menace de suspension de la diffusion de France 24 sur le territoire gabonais qui interroge et divise.

Une réaction jugée excessive

Dans les milieux politico-médiatiques, plusieurs observateurs considèrent que la réaction du ministre relève davantage d’une communication défensive que d’un exercice serein de clarification. « Lorsqu’un gouvernement menace de suspendre un média international pour une interview, cela soulève forcément une question simple : qu’a-t-il réellement à craindre de la confrontation des versions ? », glisse un analyste politique proche des milieux diplomatiques.

Pour certains sages et dignitaires du pays, la posture adoptée par le ministre serait même « maladroite », voire « ridicule », dans un contexte où le pouvoir de transition dirigé par Brice Clotaire Oligui Nguema s’efforce depuis plusieurs mois de projeter l’image d’un Gabon réformateur et ouvert. En voulant fermer la porte à une chaîne internationale, le gouvernement risque paradoxalement d’alimenter le soupçon qu’il prétend combattre.

Le piège politique de la communication

La communication politique repose souvent sur un principe simple : plus un pouvoir tente d’étouffer une parole, plus celle-ci gagne en écho. C’est précisément ce qui semble se produire dans cette affaire.

L’interview de Sylvia Bongo Ondimba, qui aurait pu rester un épisode médiatique parmi d’autres, s’est retrouvée propulsée au cœur du débat national après la réaction musclée du ministre. Dans les réseaux sociaux et dans certains milieux d’opinion, une question revient avec insistance : pourquoi une telle nervosité face à un témoignage, aussi controversé soit-il ?

Car qu’on le veuille ou non, Sylvia Bongo Ondimba fait désormais partie de l’histoire politique du Gabon. L’empêcher de s’exprimer ou tenter d’en limiter la diffusion peut apparaître comme une forme de crispation du pouvoir.

Le peuple gabonais, arbitre ultime

Dans la sagesse africaine, un proverbe rappelle que « la vérité est dans la bouche du conteur, non dans l’oreille de celui qui écoute ». Autrement dit : chacun doit pouvoir entendre toutes les versions avant de se forger sa propre conviction.

Or, dans cette affaire, nombreux sont les Gabonais qui estiment qu’il n’y a aucun danger à écouter la part de vérité que l’ancienne première dame souhaite livrer. Car au final, ni les plateaux de télévision ni les conférences de presse ministérielles ne peuvent décider à la place de l’opinion.

Le peuple gabonais n’est pas naïf. Il ne « roule pas à sens unique ». Il observe, il compare, il analyse. Et dans cette bataille de récits entre l’ancien régime et le pouvoir de transition, une certitude demeure : le dernier mot ne reviendra ni aux communicants du gouvernement ni aux studios des chaînes internationales. Le dernier mot, comme toujours en démocratie, appartient au peuple.

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