Economie

Cinquante ans de pétrole, cinquante ans de « désordre » : le triste constat du FMI sur le Gabon

Le dernier constat du Fonds monétaire international (FMI) sonne comme une humiliation nationale. Selon l’institution, le revenu par habitant du Gabon est aujourd’hui inférieur de 25 % à celui des années 1970. Autrement dit, malgré un demi-siècle d’exploitation pétrolière et des milliards de dollars générés par l’or noir, le Gabonais moyen vit aujourd’hui moins bien que son père ou son grand-père.

Un chiffre glaçant qui ne relève ni du hasard ni d’une fatalité économique. Il est le produit direct d’un système politique et financier qui, pendant plus de cinquante ans, a transformé l’État en distributeur automatique pour une oligarchie au pouvoir. Au sommet de cette mécanique bien huilée : la dynastie installée par Omar Bongo Ondimba et prolongée pendant quatorze ans par son fils Ali Bongo Ondimba.

L’État transformé en caisse privée

Durant les années 1970 et 1980, le Gabon nageait dans le pétrole. Les barils s’exportaient par millions, les recettes explosaient et Libreville se rêvait en petit Koweït africain. Mais pendant que les puits coulaient à flots, les caisses publiques servaient surtout de buffet à volonté pour une élite politique vorace. Ministres, hauts fonctionnaires, dignitaires du régime et réseaux d’influence ont progressivement installé une culture politique où le budget de l’État était traité comme une propriété privée. La formule la plus cynique résume parfaitement l’époque. Un ancien dignitaire du régime aurait lâché, avec un humour noir glaçant : « À notre époque, nous volions avec la pelle. La nouvelle génération vole avec les tractopelles. » Autrement dit : le pillage s’est industrialisé.

Le crime économique du siècle

Pendant que les milliards pétroliers entraient dans les comptes publics, aucune stratégie sérieuse n’a été mise en place pour préparer l’après-pétrole. Pas de véritable fonds souverain pour les générations futures. Pas de transformation industrielle massive. Pas de révolution agricole.

Résultat : aujourd’hui, le Gabon importe une grande partie de ce qu’il mange, de ce qu’il consomme et même de ce qu’il pourrait produire lui-même. Les économistes parlent de maladie hollandaise, ce phénomène où la richesse des ressources naturelles détruit les autres secteurs de l’économie. Mais dans le cas gabonais, certains analystes préfèrent parler d’un mal bien plus simple : la kleptocratie pétrolière.

Une dette colossale malgré des milliards de pétrole

Le paradoxe est presque obscène. Malgré des décennies de recettes pétrolières gigantesques, la dette publique du Gabon atteint aujourd’hui environ 75 % du PIB. Depuis 1986, le pays a signé 17 programmes économiques avec le FMI. Dix-sept tentatives pour corriger un modèle économique défaillant. Mais tant que la logique de rente et de captation des richesses dominait, ces réformes n’ont été que des pansements sur une plaie béante.

Le résultat est brutal : un pays riche en pétrole, en manganèse, en bois et en biodiversité… mais incapable de transformer cette richesse en prospérité durable pour sa population. Les jeunes diplômés cherchent des emplois qui n’existent pas. L’économie reste dépendante des importations. Les finances publiques sont sous tension. Pendant ce temps, les fortunes accumulées pendant l’âge d’or pétrolier dorment dans les banques, les villas et les paradis fiscaux du monde entier.

Le réveil brutal

Aujourd’hui, le Gabon découvre l’addition de cinquante ans de gestion prédatrice. Le pétrole décline. La dette pèse. L’économie reste fragile. Et ce pays qui fut jadis présenté comme l’un des plus riches d’Afrique se retrouve confronté à une réalité aussi cruelle qu’ironiquement simple : les milliards du pétrole ont disparu plus vite qu’ils n’ont construit l’avenir.

Dans les livres d’histoire économique, le cas gabonais risque de devenir un exemple tragique : celui d’un pays qui a eu toutes les richesses… sauf la volonté politique de les protéger. Et au bout du compte, ce ne sont ni les dignitaires, ni les anciens princes du pétrole qui paient la facture. Ce sont les générations actuelles et futures. Celles qui héritent aujourd’hui d’un pays plus pauvre qu’il ne l’était il y a cinquante ans, malgré cinquante ans d’or noir.

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