Economie

Ressources halieutiques en Afrique : la Russie en prédateur !

Depuis août 2024, deux navires battant pavillon russe sillonnent discrètement les eaux du Golfe de Guinée[1]. Officiellement dépêchés dans le cadre de la Grande Expédition africaine de l’Agence fédérale russe des pêches (Rosrybolovstvo)[2], l’Atlantniro et l’Atlantida[3][4] sont censés réaliser la plus vaste étude scientifique des ressources biologiques marines de l’histoire africaine [5]. Une façade derrière laquelle se dessinent des ambitions bien moins vertueuses.

 

Le masque scientifique d’une offensive halieutique

 

Présentée comme un effort de coopération avec 18 pays africains, cette expédition, lancée depuis Kaliningrad et bénie par le Kremlin, vise à cartographier les ressources halieutiques du littoral ouest-africain.[6] À bord, une douzaine de scientifiques par navire seraient mobilisés pour des relevés acoustiques, hydrobiologiques et océanographiques.

 

Mais derrière cette vitrine scientifique se trame une manœuvre économique et stratégique : identifier les stocks les plus prometteurs et préparer le retour de la pêche industrielle russe en Afrique, dans un contexte de raréfaction de la ressource et de concurrence internationale féroce. Une opération aux accents de pêche INN (Illégale, Non déclarée et Non réglementée), sous couvert de coopération bilatérale.

 

Une flotte de pêche russe déjà déployée en Mauritanie.

 

Alors que l’Atlantniro a récemment quitté Freetown pour une escale prévue à Dakhla, dans le Sahara Occidental, le 24 juin, trois navires russes se trouvent opportunément au large des côtes mauritaniennes. Il s’agit de deux factory trawlers — véritables usines flottantes —, le Staryy Arbat et le Nikolay Telenkov, ainsi que du Frio Nereus, un navire frigorifique certainement chargé du transport et du stockage des captures.

 

Cette présence coordonnée ne relève pas du hasard. Elle confirme la mise en place d’un dispositif logistique et halieutique russe, dans le sillage direct de l’expédition « scientifique ». Un déploiement qui préfigure une implantation durable et une montée en puissance de la flotte industrielle russe dans la région.

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