Michel Ongoundou Loundah reçoit Bilie-By-Nze : la coalition des survivants pour chasser Oligui du pouvoir
La politique gabonaise a ce don unique de transformer le déjà-vu en événement national. Ce lundi 16 février 2026, au siège provisoire de REAGIR, Michel Ongoundou Loundah recevait Alain Claude Bilie-By-Nze, président du parti Ensemble pour le Gabon.

Officiellement, il s’agissait d’une « visite de courtoisie ». Dans la réalité, ce fut surtout une séance de réhabilitation politique en règle, digne des plus grands blanchiments d’image institutionnels.
« Le pays va mal », nous dit-on. Vraiment ? Voilà une révélation digne d’un comité d’experts internationaux. Le Gabon va mal, et ce sont précisément ceux qui l’ont gouverné pendant des décennies qui viennent aujourd’hui nous annoncer la nouvelle, l’air grave, presque contrit. C’est un peu comme si l’incendiaire revenait, arrosoir à la main, expliquer aux sinistrés que le feu est dangereux.
Le diagnostic est désormais consensuel : chômage endémique, pauvreté rampante, administration à bout de souffle, jeunesse désabusée, hôpitaux à l’agonie, écoles délabrées. Mais le plus inquiétant n’est pas l’état du pays c’est l’absence criante d’imagination politique pour en sortir.
L’éloge de l’échec comme compétence nationale
Moment de bravoure : l’hommage appuyé rendu à l’« expérience » de Bilie-By-Nze. Ministre, conseiller présidentiel, parlementaire, Premier ministre. Une carrière aussi longue qu’un inventaire de désillusions nationales.
Dans n’importe quel pays sérieux, un tel parcours serait soumis à un audit politique sévère. Au Gabon, il devient un argument de légitimité. Traduction : plus vous avez participé longtemps au système qui a produit la catastrophe, plus vous êtes considéré comme compétent pour la réparer.
Un raisonnement d’une logique implacable. C’est donc sans surprise que l’on ressuscite, encore et toujours, les mêmes visages, les mêmes recettes, les mêmes discours, en espérant miraculeusement un résultat différent. Einstein appelait cela de la folie.
Quand Michel Ongoundou Loundah déclare ne « s’interdire aucune perspective », il faut entendre : personne ne veut rester seul dans la tempête politique qui s’annonce. La recomposition est en marche. Non pas celle des idées, mais celle des calculs. Les alliances se font, se défont, se reforment, non autour d’un projet de société, mais autour d’un objectif plus urgent : survivre politiquement.
Car dans un pays où la colère sociale monte, où la confiance citoyenne s’est effondrée, les acteurs du système cherchent désormais à se regrouper, comme des naufragés agrippés à la même planche. Dialogue national ou négociation de survie ? Le mot « dialogue » est invoqué comme une incantation magique. Mais derrière ce terme noble se cache une réalité plus triviale : le marchandage politique.
On discute, on se rapproche, on s’évalue, on se jauge, on se teste. Non pour refonder la nation, mais pour négocier les positions, préparer les alliances électorales et assurer les arrières. Le pays souffre ? Certes. Mais les calculs, eux, se portent très bien.
Un livre pour écrire la suite du feuilleton
Bilie-By-Nze est venu offrir un livre. Beau geste. Mais surtout symbole limpide : l’homme prépare la suite du récit politique dont il refuse d’être le personnage du passé. Reste à savoir si ce livre est un essai de renaissance nationale ou un manuel de recyclage politique avancé.
Le peuple, éternel figurant du théâtre politique. Pendant que les élites se rencontrent, s’embrassent et se congratulent, le peuple, lui, continue d’aligner les galères : factures impayées, emplois inexistants, soins inaccessibles, avenir bouché.
Mais rassurez-vous les responsables politiques dialoguent, ils dialoguent pendant que le pays suffoque. Ils dialoguent pendant que la jeunesse désespère et ils dialoguent pendant que l’économie stagne. Le dialogue est devenu un substitut élégant à l’action.
Recomposer sans se réinventer : la recette parfaite de l’échec
Cette rencontre n’annonce pas une renaissance démocratique. Elle révèle surtout l’épuisement créatif d’une classe politique qui recycle ses figures faute de pouvoir produire des idées neuves. Le danger est là : à force de faire du neuf avec du vieux, le Gabon risque de prolonger indéfiniment son immobilisme chronique.
Car on ne reconstruit pas un pays avec les mêmes méthodes, les mêmes hommes et les mêmes logiques qui l’ont conduit au bord du gouffre. La scène politique gabonaise donne parfois l’impression d’un théâtre permanent où les acteurs changent de costume mais récitent le même texte. Pendant ce temps, le rideau tombe lentement sur les espoirs populaires. Et comme toujours, le peuple applaudit… faute de mieux.



