Culture
EKANG MEBEGUE : Un Congrès culturel inédit à Bata pour repenser le mariage coutumier Fang
Du 24 au 28 février 2026, la ville de Bata, en Guinée équatoriale, accueillera un événement culturel d’envergure sous-régionale : le tout premier Congrès culturel organisé par l’association EKANG MEBEGUE.
Une rencontre historique qui rassemblera les acteurs du monde traditionnel et culturel du groupe ethnolinguistique Fang issus des trois pays frontaliers que sont la Guinée équatoriale, le Gabon et le Cameroun.
*Un pont entre tradition orale et rigueur scientifique*
Placée sous le thème « Le mariage coutumier Ekang », cette première édition ambitionne de jeter les bases d’une réflexion profonde sur une institution centrale dans la société Fang.
L’objectif affiché par les organisateurs est clair : analyser les pratiques actuelles du mariage coutumier, en dégager l’essence originelle et en corriger les dérives observées au fil du temps.
Il s’agira, selon les promoteurs du congrès, d’« extirper ce qui est perçu aujourd’hui comme des excès ou des altérations », afin de ne conserver que les éléments qui faisaient autrefois la sacralité et la cohérence sociale de cette union traditionnelle.
À travers cette démarche, EKANG MEBEGUE entend adapter le mariage coutumier Fang aux réalités contemporaines du « village planétaire », sans pour autant le dénaturer. Une articulation assumée entre tradition orale et approche scientifique, dans un esprit de transmission structurée du savoir ancestral.
*Trois panels pour structurer les échanges*
Les travaux du congrès s’articuleront autour de trois grands panels, confiés chacun à l’un des pays participants :
*La Guinée équatoriale* , pays hôte, exposera sur le mariage coutumier en lui-même : ses étapes, ses symboles, ses rites et son évolution.
*Le Cameroun* interviendra sur la question des droits de l’enfant, en lien avec les pratiques matrimoniales traditionnelles.
*Le Gabon* abordera un thème à forte portée symbolique : le nom donné à un individu, ainsi que sa dimension spirituelle et identitaire tout au long de la vie.
Ces échanges réuniront universitaires, traditionalistes, chefs coutumiers, groupes de danse, artisans et détenteurs des savoirs ancestraux, dans une dynamique de dialogue intergénérationnel.
*Une forte mobilisation gabonaise*
Côté gabonais, la mobilisation est déjà significative. Un comité technique a été mis en place pour coordonner la participation nationale. À sa tête, Livanne Ntsame Mve, coordinatrice de la délégation, s’emploie à fédérer les énergies.
La délégation gabonaise compte déjà plus de 200 personnes, parmi lesquelles des artistes, artisans et gardiens du savoir Ekang.
Toutefois, la participation n’est pas sans difficultés.
« _C’est vraiment difficile pour nous. Nous avons recensé 200 personnes, motivées à partir en Guinée Équatoriale pour présenter les savoirs faire de l’Ekang du Gabon. Nous sommes tenus de nous cotiser nous-mêmes pour financer sur fonds propres notre transport ainsi que les frais de participation exigés par les organisateurs. Alors, si nos autorités pouvaient nous apporter une aide dans ce sens-là, elle serait une grâce tombée du ciel pour nous._ », confie la coordinatrice, lançant un appel à la solidarité.
*Un enjeu identitaire et sous-régional*
Au-delà de la simple rencontre culturelle, ce congrès se présente comme un acte fort de consolidation identitaire au sein de l’espace Fang transfrontalier. Il traduit une volonté de mutualiser les savoirs, d’harmoniser certaines pratiques et de renforcer les liens culturels entre communautés partageant une même matrice historique et linguistique.
Premier du genre en Afrique centrale pour le groupe Ekang, ce rendez-vous de Bata pourrait ainsi marquer le point de départ d’une dynamique durable de coopération culturelle sous-régionale.
Reste désormais à transformer l’essai, en faisant de cette première édition un socle solide pour les générations futures.