Bilie-By-Nze dénonce la taxe d'Habitation.
C’est devenu un rituel national : chaque année, la Loi de Finances arrive, et Alain Claude Bilie-By-Nze sort son mégaphone. Mardi 9 décembre 2025, devant une presse à moitié blasée et à moitié amusée, l’ancien Premier ministre devenu opposant tout-terrain a encore dégainé sa formule préférée : « Le gouvernement a tort, les taxes sont injustes, les Gabonais vont mourir ! » Rien que ça. Sauf que cette fois-ci, Bilie-By-Nze a oublié un détail : tout le monde veut le développement, mais personne ne veut payer la facture.
L’homme qui a oublié qu’il a lui-même signé des taxes
En dénonçant la taxe d’habitation, la taxe carbone et la contribution télécom, Bilie-By-Nze semble avoir subitement perdu la mémoire. Lui qui, à la Primature, avait laissé derrière lui un joli bouquet fiscal la même logique qu’il condamne aujourd’hui se découvre une âme de Robin des Bois budgétaire.
Le voilà devenu spécialiste improvisé de l’arithmétique sociale : « C’est un bourbier fiscal ! » Ah bon ? Quand il était aux commandes, c’était une piscine olympique ? Le grand écart fiscal, critiquer ce qu’on a soi-même encouragé. La satire n’est pas dans la loi : elle est dans le discours de l’ancien Premier ministre. Il dénonce la taxe d’habitation comme étant « une taxe déguisée sur l’électricité ». Certes.
Mais fallait-il rappeler que le Gabon est l’un des rares pays où l’on peut habiter 15 ans au même endroit sans jamais payer un centime d’impôt local ? Un pays qui veut des routes neuves, des écoles modernes, des hôpitaux décents… mais avec une fiscalité qui date de l’époque du minitel. Bilie-By-Nze réclame donc une République de haut standing, avec un budget de colocation étudiante.
Les Gabonais veulent de meilleurs services publics pas des discours
Pendant que l’opposition joue aux pompiers pyromanes, le citoyen de base veut simplement : des routes qui ne se suicident pas à la première pluie, des hôpitaux où l’on ne doit pas prier avant d’entrer, des quartiers éclairés autrement qu’à la lumière des téléphones, des écoles où les tables ne datent pas de la Conférence nationale et surtout, payer des taxes compréhensibles, proportionnées et utiles. En clair : les Gabonais ne sont pas contre l’impôt ils sont contre le gaspillage.
C’est là que Bilie-By-Nze passe à côté du débat. Il hurle contre les taxes, mais il oublie de dire comment financer tout ce qu’il exige par ailleurs. À ce jeu-là, même la calculette se met en grève. Bilie-By-Nze dénonce, « l’hypocrisie » de la taxe carbone. Pourtant, tous les pays modernes l’ont intégrée : France, Canada, Maroc, Chili…Mais selon lui, le Gabon doit être le seul pays à lutter contre le réchauffement climatique en bamboula budgétaire.
Soyons sérieux : Le pays importe tout, pollue beaucoup au transport, et subit de plein fouet le réchauffement. Faut-il continuer à vivre au-dessus de nos moyens climatiques ? Son discours ressemble à un sketch fiscal : « Oui à l’écologie, mais à condition de ne rien changer ».
Le problème de fond : la confiance, pas la taxe
Et c’est là que le bât blesse. À force de taper sur la fiscalité comme un tambour, Bilie-By-Nze ne dit rien sur le vrai nœud gabonais : les Gabonais paieraient volontiers des taxes si la gestion publique était exemplaire. Ils veulent des comptes clairs, pas des comptes d’apothicaire. Ils veulent un État moderne, pas un État paternaliste.
La Loi de Finances 2026, avec toutes ses imperfections, a au moins le mérite d’exister et d’essayer d’élargir la base fiscale. L’ancien Premier ministre, lui, préfère jouer les prophètes de malheur en oubliant qu’il a lui-même participé au chaos qu’il dénonce.
Quand la critique tourne à la comédie
En dénonçant tout et son contraire, Bilie-By-Nze illustre parfaitement la politique à l’ancienne : Dès qu’une réforme arrive, on crie au loup même quand le loup n’est qu’un chiot fiscal. Au final, sa sortie ressemble moins à une analyse économique qu’à une séance de rattrapage politique. Pendant ce temps, le vrai débat demeure : comment moderniser le Gabon sans moderniser la fiscalité ? Bilie-By-Nze n’a pas la réponse. Le peuple, lui, a la question : Quand est-ce qu’on arrête de se moquer de nous ?
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